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Kosztlanyi Dezsö : Le Mauvais Médecin

Kosztlanyi Dezsö : Le Mauvais Médecin
Pour Dezsö Kosztolànyi, détruire c'était créer:

HONGRIE. Nés d'un brutal court-circuit entre le quotidien et le merveilleux, les coups de crayon grinçants du chroniqueur jaillissent comme des éclairs. Entre surréalisme et «nonsense» à l'anglaise.

André Clavel , Samedi 23 Juin 2001

Il y avait, dans le Budapest du début du siècle, un café rococo nommé Hungaria qui servait d'officine à une petite tribu de doux dingues. Ils y faisaient les pitres et se soûlaient copieusement en apostrophant non moins copieusement l'humanité. Parmi ces joyeux chenapans, Dezsö Kosztolànyi (1885-1936) qui, tour à tour, a assisté à la Grande Guerre, à l'agonie de l'empire et au morcellement de la Hongrie. Un maelström où il a puisé les raisons de son légendaire scepticisme. Mais ce météore qui filait à la vitesse de l'Orient- Express, dormant dans les trains et sur les tables des tavernes, était aussi un monstre de culture. Tout, il avait tout lu. Traducteur, il sut en outre faire chanter Verlaine et Baudelaire en magyar, avant que le destin ne le punisse là où il avait si divinement péché: cancer de la langue.
Kosztolànyi, c'est l'ironie à bout portant. C'est également la grâce du papillon. Léger comme une bulle de champagne. Un jour, à la fin des années 20, on lui confie une rubrique dans une gazette de Budapest. Il l'appelle «Griffonnages». Cinéma muet avec battements de cœur (titre original non indiqué) réunit une cinquantaine de ces coups de crayon. Des pauvres ont dérobé, pour la dévorer, la carotte qui servait de nez à un bonhomme de neige. Un livreur en triporteur, après un dérapage incontrôlé, déverse sur le bitume une bouillie de 34 mètres où se mêlent des relents de semoule, de soupe à la tomate et de purée d'épinard – «le plus long déjeuner du monde». Un homme se ronge les ongles jusqu'au sang, court à la pharmacie chercher du sparadrap, soigne très méticuleusement sa plaie et, une heure plus tard, se tranche la gorge d'un coup de rasoir. Un paléontologue fauché se gausse d'être «un milliardaire du temps». Une dame en deuil, toute de noir vêtue, achète dans un kiosque un journal humoristique et le lit de A à Z avant d'aller se jeter dans le Danube. Un paranoïaque raconte une histoire qui prouve qu'il est vraiment paranoïaque. Sur un trottoir de Budapest, un écrivain rêve de héler les jeunes motocyclistes afin de «leur demander leur opinion sur le lyrisme tardif de Goethe». Dix ou vingt lignes, parfois deux ou trois pages. Nés d'un brutal court-circuit entre le quotidien et le merveilleux, ces billets jaillissent comme des éclairs. Au programme: célébration de l'anodin, éloge de l'insignifiant, moralisme goguenard, rire jaune, dérision lapidaire, entre surréalisme et nonsense à l'anglaise. On apprécie, chez Kosztolànyi, l'art de l'élagage. «Dans notre métier, détruire, c'est créer», dit-il. Et d'ajouter: «Il faut toujours en prendre moins qu'on ne peut en emporter.» Flaubertien, l'auteur des Aventures de Kornel Esti? Evidemment, tendance Bouvard et Pécuchet.

Dezso Kosztolanyi (1885-1936) occupe dans la littérature hongroise du XXe siècle une place de tout premier plan. Son talent s'illustre dans quasiment tous les domaines de l'activité littéraire - poésie, romans, nouvelles, traduction, articles et essais. Le Mauvais Médecin, inédit en français, est son premier roman. Par sa brièveté, il s'apparente à un genre littéraire en vogue en Hongrie depuis le XIXe siècle : a kis regény, le "roman bref". Si Le Mauvais Médecin est bien le premier roman de l'auteur, il ne s'agit pas pour autant de l'oeuvre d'un débutant. Et du reste, le style incomparable de Kosztolanyi y est déjà présent, incontestablement : pureté de la langue, concision extrême de la phrase, du récit, cruauté de la thématique. Cruauté de la thématique en effet : on assiste, sur une centaine de pages, à la tragédie vécue par Istvan et sa femme. Ce récit est celui de la mort de leur petit garçon, qu'un mauvais médecin a condamné, et des tourments qui accablent ces parents endeuillés. Ce court roman est suivi d'une nouvelle, Baignade, et d'un poème, Chant pour un enfant malade, présentés dans une nouvelle traduction.

Date de parution : 05/10/11
Editeur : Non Lieu
ISBN : 978-2-35270-109-5
EAN : 9782352701095
Présentation : Broché
Nb. de pages : 137 pages
Dimensions : 13,0 cm × 21,0 cm × 1,2 cm

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